« Il y a environ 5000 ans, à
l’âge du cuivre puis du bronze, sans doute
fascinés
par la majesté des lieux, les hommes ont laissé
leur
empreinte dans la pierre des Vallées des Merveilles et de
Fontanalbe, autour du Mont Bégo.
Près de 37000
représentations symboliques
d’armes, de bovins, d’araires et de figures
à forme
humaine, pleines de mystères, constituent l’un des
plus
importants ensembles de gravures préhistoriques à
l’air libre d’Europe… »
Prospectus touristique 2003
du Parc National du Mercantour
Introduction
Un frisson parcourut le corps de Nathan Escoffier
et,
d’un geste sec, il embraya la troisième. La pluie
s’était remise à tomber dans la lumière des
phares du Land Rover et il apercevait à peine la piste entre les
essuie-glaces qui balayaient le pare-brise à vive allure. Une
froide humidité avait envahi l’habitacle et la buée
commençait à s’étendre sur toutes les
vitres. Il enclencha la ventilation et mit le chauffage à fond.
Dans quelques minutes, il aurait rejoint la route et remonterait
rapidement vers Castérino. Il n’y avait que là
qu’il pourrait trouver un téléphone et appeler la
Gendarmerie. Avec un peu de chance, la cabine près de
l’hôtel ne serait pas en panne et
l’établissement encore ouvert. Un éclair blanchit
l’horizon et les silhouettes sombres des conifères se
détachèrent de la pénombre au bord du chemin. Il
n’entendit pas le tonnerre, assourdi par le bruit du moteur. A
vrai dire, les événements de ces dernières heures
défilaient en désordre dans sa tête. A
présent, il n’avait plus qu’un seul regret : ne pas
avoir parlé plus tôt. Il ne serait peut-être pas
trop tard s’il parvenait à se confier, à partager
enfin sa découverte. Le croirait-on ? Maintenant qu’il
était question de cadavres, on ne pourrait que le prendre au
sérieux, même avec des révélations aussi
extraordinaires. Il avait enfin des preuves, mais il devait faire vite
s’il voulait que ces indices ne disparaissent pas à leur
tour. Tanguy, Julia et les autres seraient-ils encore de ce monde
à son retour au refuge ?
Le jeune homme fronça soudain les
sourcils.
– Eh meeerde ! s'écria-t-il aussitôt en
écrasant de tout son poids la pédale de frein.
Emporté par l’inertie dans la
descente, le 4x4 ne s’immobilisa, dans une gerbe de boue,
qu’à quelques centimètres du tronc de
mélèze couché en travers de la piste. Dans un
craquement sinistre, des branches se brisèrent au contact du
pare-choc et le moteur cala.
Bon
sang ! Il ne manquait plus que ça !
Il était fréquent que le poids de la
neige abatte un arbre sur le chemin d’accès au refuge des
Merveilles, mais cela n’arrivait évidemment qu’en
hiver, jamais au printemps. A moins qu’un orage exceptionnel ne
provoque une coulée de boue, arrachant un sapin au passage.
La pluie crépitait bruyamment sur le
capot
du Land Rover et Nathan lâcha un nouveau juron en
détachant sa ceinture de sécurité. Il ouvrit sa
portière et immédiatement, le vent et la pluie lui
giflèrent le visage. Glissant la main dans le vide poche, il
récupéra une lampe torche et descendit du
véhicule. Les pieds dans la gadoue, il avança prudemment
jusqu’à hauteur du moteur en se tenant au capot. Avec sa
lampe, il inspecta rapidement l’avant du 4x4, qui ne semblait pas
avoir trop souffert du choc. Des branches partout, certes,
peut-être quelques précautions à prendre pour
éviter qu’un organe ne soit perforé en reculant,
mais le Land repartirait sans problème. Il avait
déjà connu d’autres situations bien plus
inconfortables. Il lui faudrait sûrement user du treuil pour
dégager l’obstacle et continuer sa route, mais il
n’avait encore jamais eu l’occasion de s’en servir,
et surtout, il n’en avait pas le temps ce soir.
Ca
passe. Par-dessus. Les branches plieront.
Après tout, le tronc n’était
pas si gros et tout le monde lui disait que ce 4x4 était capable
de grimper aux arbres. Ruisselant de pluie, une mèche de cheveux
dans les yeux, Nathan revint lentement vers l’habitacle, en
jetant un dernier coup d’œil vers le mélèze,
pour vérifier l’état du chemin au-delà. Et
il stoppa net.
Où
est la souche ?
Dans les phares du 4x4, il distinguait
parfaitement
le long tronc effilé, les branches agitées par le vent,
et le chemin en contrebas qu’aucune coulée de boue,
d’ailleurs, n’avait endommagé. Il braqua sa lampe
vers l’extrémité du tronc la plus massive. Aucune
souche. Aucune trace de racines. Le mélèze avait
été brisé net. Il pointa la torche plus haut, vers
la silhouette de l’homme qui se tenait debout au bord de la
piste, et son sang se glaça dans ses veines lorsque la lame du
poignard se mit à briller dans le faisceau de lumière.

Préambule
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